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La face cachée des contes

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~Dominique~
Grisettes de Montpellier
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Sexe:FémininTaureauChèvre
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MessageSujet: La face cachée des contes   Mar 15 Jan - 16:46




La face cachée des contes

" J'adore les histoires qui font peur ! ", s'exclame le garçonnet de
huit ans. Pourtant, au profit de récits " éducatifs ", certains parents
écartent les contes traditionnels, qu'ils jugent souvent cruels et
sanglants. Ils ont bien tort...


Contes et vraie vie





Le sens de la vie


Les histoires pour les enfants d'aujourd'hui évoquent des
histoires d'école, de doudous perdus, d'épinards qu'on ne veut pas
manger, de jalousie vis-à-vis de la petite sœur…

Elles ne parlent ni de la mort, ni du sexe, ni du vieillissement, ni de l'espoir d'une vie éternelle ou par-delà la mort.


Or, l'enfant a besoin de réponses, même symboliques, à toutes
ces questions fondamentales, cruciales, pour grandir en sécurité vers
son âge d'homme.




Des histoires façonnées par des siècles de conteurs


L'enfant est irrationnel. Lui donner des " cours " sur le sens
de la vie ne lui est d'aucune aide. En revanche, les contes
traditionnels peuvent l'aider à surmonter ses peurs.

" Je trouvais plus de sens profond dans les contes de fées
qu'on me racontait dans mon enfance que dans les vérités enseignées par
la vie ", écrit le poète Schiller.

Et le psychanalyste Bruno Bettelheim précise que, " à force
d'avoir été répétés pendant des siècles, les contes de fées se sont
affinés et se sont chargés de significations aussi bien apparentes que
cachées ; ils sont arrivés à s'adresser simultanément à tous les
niveaux de la personnalité humaine, en transmettant leurs messages
d'une façon qui touche aussi bien l'esprit inculte de l'enfant que
celui plus perfectionné de l'adulte ".


Affronter ce qui va mal





Le petit sait bien que, contrairement à ce qu'on lui raconte
aujourd'hui, les adultes et les enfants (lui compris) ne sont pas tous
et toujours gentils.

Il sait bien aussi que la mort existe alors que personne ne lui en parle. Les contes le font.


Ils commencent souvent par la mort d'un des parents. Ou par
leur vieillesse : " Le roi, sentant ses forces décliner et songeant à
la mort, ne savait pas auquel de ses trois fils il devait laisser le
royaume en héritage... ".

Le mal est très présent dans ces contes et triomphe souvent
momentanément, même si le bien finit toujours par l'emporter. Et si le
bien gagne aussi dans l'esprit de l'enfant et lui construit un sens
moral, ce n'est pas parce que le méchant est puni (la peur d'une fessée
n'empêche jamais de faire une bêtise), mais parce qu'il s'identifie au
héros de l'histoire.



Le petit peut gagner...





Elles sont nombreuses, les histoires traditionnelles qui opposent le
héros à des géants infiniment plus grands et plus forts que lui...
comme le sont les adultes pour un petit enfant. Or, le conte de fées,
parce qu'il se termine bien, le rassure et l'aide à grandir " en
sécurité ".


Beaucoup évoquent aussi des fratries, où le plus petit et le
plus faible, celui dont tout le monde se moque, est toujours celui qui
finit par gagner.

Dans Hansel et Gretel, la petite sœur qui est au
début de l'histoire sous la domination du frère, grandit et le sauve à
la fin du conte. Porteur d'espoir, victoire de l'optimisme sur le
pessimisme, le conte est " un cadeau d'amour ", comme l'écrivait Lewis
Caroll.


Dépasser Oedipe






Le conte est aussi un merveilleux outil d'éducation sexuelle. Beaucoup
d'histoires mettent en scène un " fiancé-animal " monstrueux. Sans le
formaliser en effet, l'enfant a peur du sexe, qui lui semble répugnant.
Le conte lui apprend sans le dire (et il perdrait toute sa force si on
commençait à en expliquer les mécanismes) que l'amour va lui permettre
de vaincre cette crainte et " d'être heureux jusqu'à la fin de sa
vie ".

Un amour, rappelle aussi le conte, dénouant ainsi le fameux
complexe d'Oedipe, qu'il doit ne pas donner exclusivement à ses
parents. La Belle et la Bête est un récit très instructif à cet égard :
la jeune fille aime tellement son père qu'elle se livre à sa place.
C'est toujours à son père qu'elle pense pendant les longues semaines
passées au château. La Bête ne lui semble donc... que bête. Le déclic
se fait au chevet de son père : elle comprend l'attachement qu'elle
avait, sans le savoir, commencé à éprouver pour la Bête, elle quitte
son père, retourne au château avouer son amour... et la Bête se
transforme alors en prince !


Garder la tête froide





Rester dans le droit chemin


Dans Le Petit Chaperon Rouge, la mère met en garde sa
fille (qui porte depuis peu de temps un chaperon rouge séducteur
faisant d'elle presque une femme) contre les mauvaises rencontres et
lui demande de ne pas s'attarder. Mais la fille le fait, faisant passer
son plaisir (cueillir les fleurs, manger les fraises des bois) avant
son obéissance.

Lorsque survient le loup (le séducteur), elle évoque sa
grand-mère (le renvoyant en quelque sorte vers une femme plus âgée). Le
loup part d'autant plus volontiers vers la maison de la grand-mère
qu'il y a des bûcherons dans le bois (un adulte renonce à séduire une
petite fille s'il y a d'autres personnes dans les parages). Et la
petite fille sera dévorée après la grand-mère, après s'être allongée
dans le lit avec le loup.

L'enfant apprend ainsi indirectement qu'il a tort de désobéir
à ses parents, même s'il ne fait apparemment rien de mal (ici :
s'attarder pour cueillir des fleurs). " S'il s'écarte du sentier que
ses parents ont tracé pour lui, explique Bruno Bettelheim, il connaît
la " méchanceté " et craint qu'elle ne le dévore, lui et ses parents
dont il a trahi la confiance ".

Mais, comme le dit la suite du conte, on peut ressusciter de cette " méchanceté ". Tout est bien qui finit bien.





Garder le sens des réalités


Pour terminer sur Le Petit Chaperon Rouge, signalons
que le conte a d'autant plus de forces qu'il est paradoxalement
" réaliste " : si le bûcheron tue le loup, c'est pour en avoir la
fourrure, pas pour venir au secours de l'enfant déjà dévorée.

Contrairement à bien des histoires modernes où tous les
adultes (une ville entière par exemple) viennent sauver le petit :
l'enfant sent bien que cela ne peut être vrai et que le conte ancien
" sonne " infiniment plus réel. Un exemple parmi tant d'autres…


_________________
Il y a l'amour. Et puis il y a la vie, son ennemie.


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MessageSujet: Re: La face cachée des contes   Mar 15 Jan - 21:17

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