Kali.SsBbw Fruits confis d'Apt


   Age : 25 Inscrit le : 20 Fév 2007 Messages : 6555 Localisation : Rive-Sud de Montréal
| Sujet: Épisode du choléra de 1849, un revenant - Hubert Larue Mer 19 Déc - 12:29 | |
| Dans la même maison, où mon ami venait de me faire lecture de sa composition, avait eu lieu un singulier épisode en 1849. Quatre amis veillaient un mort et la conversation suivante eut lieu entre eux. L’un prétendait que les morts ne lui avaient jamais inspiré aucune frayeur. Un autre avouait qu’il en avait eu peur pendant longtemps, mais que, peu à peu, cela s’était passé, et qu’aujourd’hui il pourrait aller se promener, sans aucune douleur, au beau milieu du cimetière en plein coeur de minuit. Le troisième disait tenir de sa bisaïeule une recette infaillible pour se débarrasser de cette crainte puérile, cette recette consistait à toucher de la main, la main, le pied ou la joue du mort. Le quatrième qui n’avait pas encore pris part à la conversation, raconta ce qui suit: Une nuit, Je veillais auprès d’un mort avec un de mes amis, paroisse de... Le mort était étendu sur son lit funèbre, et recouvert d’un drap blanc, sous lequel se dessinaient confusément la tête d’abord, les mains ensuite, croisées sur la poitrine, et les pieds. Auprès du lit était une petite table recouverte d’un drap blanc, et sur cette table deux chandelles fumeuses projetaient dans l’appartement une lueur incertaine. Sur la même table, entre deux chandeliers, on voyait une soucoupe remplie d’eau bénite dans laquelle plongeait une branche de rameau bénit. Mon compagnon était assis dans l’angle de la cheminée, moi j’étais assis à l’autre extrémité de la chambre en face du lit funèbre. Nous conversâmes pendant quelque temps de choses et d’autres, des bonnes qualités du défunt, du vide que sa mort laissait, au milieu de sa famille et de ses amis; nous répétâmes toutes ces banalités que l’on répète à propos de tous les mort, et que l’on oublie l’instant d’après. Une vieille horloge - couronnée de trois boules de cuivre - horloge du temps des Français comme disait mon compagnon, se mit à sonner une heure. Cinq minutes plus tard, un ronflement vigoureux m’annonça que mon compagnon de veille n’était plus là que pour la forme. «Après tout, me dis-je, à moi-même, il a peut-être raison; le mort n’en sera pas plus mal pour tout cela et mon compagnon s’en trouvera bien mieux demain matin. Pourquoi n’en ferais-je pas autant!» Je fermai les yeux, j’essayai de dormir. Mais le voisinage du mort, les sifflements sinistres de la rafale qui s’engouffraient dans la cheminée, le pétillement de la grêle et de la neige sur les vitres me tenaient éveillé malgré moi. Mille idées bizarres, mille réflexions me tourmentaient l’esprit. « Un jour, je serai comme cela, moi aussi ... Des parents, des amis, viendront jeter un peu d’eau bénite sur mon corps, faire une courte prière à mon intention... Qui veillera auprès de moi la dernière nuit?... Puis le service... puis six pieds de terre, et plus rien... » La neige et la grêle fouettaient toujours les vitres, le vent mugissait dans la cheminée, et mon compagnon continuait à ronfler. J’ouvre les yeux, mais, qu’aperçois-je, grands dieux! ... Le drap funèbre qui se soulève, et les pieds du mort qui s’agitent! ... Un frisson d’horreur me glace les veines... je ferme les yeux malgré moi. Je les rouvre au bout de quelques secondes, je regarde, voulant me convaincre que c’est une hallucination, une illusion de la vue. Hélas! je n’ai que trop bien vu. Cette fois, ce ne sont pas les pieds, mais bien les genoux qui se meuvent. De deux choses l’une, pensai-je en moi-même, ou ce mort n’est pas bien mort, ou il va ressusciter, alors, il vaut mieux me tenir prêt à toutes les éventualités, je fixai les yeux sur le lit, décidé à épier tous les mouvements du mort et à nie mettre en garde. Tout à coup, voilà les mains qui se soulèvent. C’en est fait, me dis-je, il va se lever. J’aurais voulu crier, appeler mon compagnon; j’avais peur de l’écho même de ma voix; une sueur froide perlait sur mon front. je regarde autour de moi, cherchant une issue pour sortir. La porte me semblait cent fois trop loin; tout auprès de moi était une fenêtre, mais il fallait le temps pour l’ouvrir... si je pouvais passer à travers! Enfin, redoublement de frayeur! voilà la tête qui s’agite. je n’y tiens plus. Je bondis sur mes pieds, saisis ma chaise à deux mains, résolu de me défendre jusqu’au bout et de tuer ce mort s’il n’était pas bien mort... Heureusement, je ne fus pas contraint d’en venir à cette extrémité; l’instant d’après je vis sortir de dessous le drap... un gros chat gris ! !
(Voyage sentimental sur la rue Saint-Jean, Québec, C. Darveau, 1879) _________________
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I NEvEr WaNtEd To Be DiffErEnT I JuSt WaNtEd To Be ME !!!
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