À 81 ans, le Pape est apparu fatigué lors de son voyage aux États-Unis.
Aux
États-Unis, à son «staff» qui lui
présentait chaque soir le programme du lendemain, horaires,
temps de déplacement, rencontres, nombre de discours,
Benoît XVI répondait, non sans humour, mais avec
lucidité, «vous allez m'épuiser». Durant ce
voyage de six jours outre-Atlantique, le Pape est effectivement apparu
fatigué, en particulier lors de la messe à la
cathédrale de New York, le samedi matin. Il fut alors soutenu
pour gravir les marches de l'autel, officiellement pour ne pas
trébucher sous le poids de ses lourds ornements liturgiques.
Quelques heures plus tard, il était revigoré au contact
des futurs prêtres et des jeunes du séminaire
Saint-Joseph. Toujours auprès des Américains, il s'est
d'ailleurs excusé de la «brièveté» et
du nombre réduit des étapes de son voyage. À son
habitude, son entourage a tenté de le convaincre d'ajouter des
événements à ses déplacements courts et
relativement rares, mais Benoît XVI n'a pas cédé.
Il apprécie peu les grandes foules, aime les voyages
circonstanciels et a l'esprit casanier.
Dès son retour,
le lundi 21 avril au Vatican, il a dû prendre du repos. Le
mardi est pour lui un jour sans audience officielle. Mercredi,
l'audience générale, à laquelle se pressent chaque
semaine des milliers de fidèles, a été suspendue
pour lui accorder une journée de plus sans engagement public. Le
décès de l'un de ses «ministres», le cardinal
colombien Alfonso Lopez Trujillo, en charge de la Famille, lui a
malgré tout imposé de descendre dans la basilique
Saint-Pierre pour conclure la cérémonie des
funérailles dont la messe a été
célébrée par le cardinal Angelo Sodano, doyen des
cardinaux.
Trois ans après l'élection de
Benoît XVI, sa succession n'est pas encore le quotidien du
Vatican mais les rumeurs vont bon train. Il est vrai qu'il a
fêté ses 81 ans le 16 avril et chacun sait sa
santé fragile. Le Souverain Pontife monte et descend des
escaliers, il est encore alerte mais il a l'âge de ses
artères. Et, ce n'est un secret pour personne, le Pape est
fragile du cœur.
D'ailleurs, il s'est toujours
ménagé. Mais, depuis quelques mois, il a encore
réduit le nombre de ses audiences et en a limité le
nombre de participants. Il se dispense parfois, lorsque son agenda est
trop chargé, de leur lire le discours qui leur était
destiné, et le remet au responsable du groupe qu'il
reçoit. À Pâques, il a aussi renoncé
à suivre à pied le traditionnel chemin de croix au
Colisée et ne s'est pas recueilli, comme les années
précédentes, allongé la face contre terre, devant
l'autel majeur de Saint-Pierre lors de la célébration du
Vendredi saint. Le Pape assume ainsi la présidence de toutes les
grandes cérémonies liées à sa charge, mais
il délègue beaucoup et, en raison de son âge, il le
fera sans doute de plus en plus. Ça ne l'empêchera pas de
venir en France du 12 au 15 septembre prochain pour le 150e
anniversaire des apparitions de la Vierge à Lourdes. Ce voyage
le 10e de Benoît XVI à l'étranger
comptera une étape parisienne. Il sera reçu par le
président de la République, rendant ainsi à
Nicolas Sarkozy sa visite officielle de décembre dernier. Avant
de rejoindre Lourdes, objet de son voyage dans la soirée, le
samedi matin devrait être consacré à une messe en
plein air sur l'Esplanade des Invalides
concélébrée avec les évêques
d'Ile-de-France.
Plus traditionnel que Jean-Paul II
En
élisant, il y a trois ans, Joseph Ratzinger, alors
âgé de 78 ans, au lieu d'une personnalité plus
jeune, les cardinaux avaient fait le choix d'un pape «de
transition» après les vingt-six ans de règne de
Jean-Paul II, élu, lui, à 58 ans. Benoît XVI est
l'un des papes les plus âgés à avoir
été élu à la tête de l'Église
catholique. Une règle non écrite voudrait qu'après
des pontificats longs et féconds, les cardinaux choisissent un
pape âgé pour «faire une pause». Ils se sont
parfois trompés. En 1878, après les trente-deux ans de
pontificat de Pie IX (le plus long de l'histoire si l'on excepte celui,
plus légendaire, de saint Pierre), ils élirent un vieux
cardinal réputé malade. Léon XIII régna
encore vingt-cinq ans. Après Pie XII, Jean XXIII fut élu
en 1958 à 77 ans, ne régna que cinq ans, mais convoqua un
concile.
En un demi-siècle, l'espérance de vie a
largement augmenté et en élisant le cardinal Ratzinger,
les princes de l'Église ont choisi la compétence avant
l'âge avec la volonté de le voir exercer son
ministère autrement. Pour de nombreux cardinaux, en effet,
derrière le règne ultramédiatique de Jean-Paul II,
l'Église risquait de s'effacer au profit de son seul chef. Plus
traditionnel, Benoît XVI est moins omniprésent et
interventionniste, plus solennel. Il improvise peu, ne fait presque
jamais d'entorse au protocole préétabli et se laisse
guider par ses assistants qui ont toute sa confiance.
Le
cardinal Tarcisio Bertone, son secrétaire d'État, joue
ainsi un grand rôle, au point d'être parfois
surnommé le «vice-pape». Le choix de son bras droit
par Benoît XVI, il y a deux ans, suscita quelque surprise car il
était le premier non-diplomate à ce poste depuis
près de quarante ans. Mais le cardinal Bertone, religieux
salésien, pasteur italien affable et médiatique, est un
fidèle parmi les fidèles d'un Joseph Ratzinger qu'il a
servi pendant sept ans à la congrégation pour la Doctrine
de la foi, avant de rejoindre l'archevêché de Gênes.
Le cardinal Bertone fait preuve d'un dynamisme très
remarqué. Entre le Pape et son «numéro deux»
s'est ainsi instaurée une sorte de partage des
rôles : il y a le pape «qui écrit» et
«celui qui voyage». Les déplacements du cardinal
Bertone en Pologne, au Pérou, au Portugal, en Argentine, puis
à Cuba il a rencontré Raul Castro le jour où il
succédait à son frère Fidel ainsi qu'en
Arménie et en Azerbaïdjan sont désormais
traités par le Saint-Siège comme ceux du Souverain
Pontife. Le cardinal Bertone assume d'ailleurs parfaitement son
rôle : «C'était impressionnant et
émouvant de voir tant de personnes le long des routes
(…). Ils saluaient, ils applaudissaient. Ils criaient :
vive le Pape», a-t-il confié à son retour de Cuba.
Si
le cardinal endosse son rôle de «vice-pape» sans mal,
c'est aussi qu'il est camerlingue. Après la mort de Benoît
XVI et durant l'interrègne, il deviendra le personnage central
du Vatican. Avec cette double casquette de secrétaire
d'État et de camerlingue que coiffa aussi Eugenio Pacelli, le
futur Pie XII le cardinal Bertone est donc incontournable.
Une papauté qui pourrait échapper pour la première fois à l'Europe
En
trois ans, Benoît XVI a nommé 38 nouveaux cardinaux sans
bouleverser la géographie de leur collège. Aujourd'hui,
en cas de conclave, ils seraient 118 électeurs :
69 % d'entre eux sont des «Occidentaux», d'Europe et
d'Amérique du Nord. À eux seuls, les Italiens ont
numériquement plus de poids que l'Amérique latine ou que
l'Asie et l'Afrique réunies. Mais parmi ces cardinaux, il n'y a
pas encore de nouvelle figure qui s'impose comme possible successeur.
Faute de nouvelles personnalités marquantes, beaucoup estiment
que si un conclave devait avoir lieu aujourd'hui, le choix se ferait
entre le cardinal Bertone, 74 ans, présent sur tous les dossiers
en cours, et l'archevêque de Buenos Aires, le cardinal Jorge
Maria Bergoglio, 72 ans, connu pour sa rigueur doctrinale
teintée d'un esprit d'ouverture sur les questions sociales. Il y
a trois ans, ce dernier aurait déjà été
l'outsider de Joseph Ratzinger. La rumeur dit que ce jésuite
aurait fait comprendre à ses électeurs qu'il ne voulait
pas être élu.
Les cardinaux ne font officiellement
pas campagne. Mais depuis l'élection de Benoît XVI, ils se
montrent encore plus discrets et surtout attentifs à ne pas
heurter le Saint-Siège, très vigilant quant à
leurs faits et gestes et aux contenus de leurs écrits. L'un
d'entre eux vient cependant de «sortir du bois». Le
cardinal hondurien Oscar Rodriguez Maradiaga, 66 ans, archevêque
de Tegucigalpa, président de la Caritas internationalis, l'une
des plus puissantes institutions catholiques, pourrait bien s'affirmer
comme l'une des figures de proue des cardinaux «en vue». Un
rôle qui était dévolu naguère au cardinal
Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan. Mais ce
jésuite âgé de plus de 80 ans ne peut plus
participer à un conclave.
Dans un
livre récemment paru en France*, le cardinal Maradiaga
imagine une papauté qui sortirait d'Europe. Ce
«papamobile» qui jure qu'il se refuse «à
laisser cette idée polluer» ses pensées,
considère que le futur chef de l'Église pourrait venir du
tiers-monde et plus particulièrement d'Amérique latine,
où vit la moitié des catholiques.Un pape «qui porte
les préoccupations du tiers-monde» aurait «une
faculté de dialogue pour peser sur les négociations
Nord-Sud», juge cet homme très estimé dans les
instances internationales (FMI ou OMC) qui est déjà
intervenu à Davos. Rodriguez Maradiaga ne cache pas qu'il
regrette «l'ethnocentrisme» de Rome qui a conduit par
exemple à une condamnation «sans nuances» d'une
théologie de la libération où lui observait de
réels fruits pastoraux, dans des assemblées pas
forcément politisées. Personnage populaire, connu pour
son goût pour les vols en hélicoptère et son amour
de la bossa-nova, mais aussi pasteur rigoureux doctrinalement, Oscar
Rodriguez Maradiaga dit que le futur Pape devra être «un
homme du XXIe siècle» qui mettra «en phase
tradition et innovation». Une manière de dessiner un
autoportrait ?
* Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, De la
difficulté d'évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas
en avoir besoin, entretiens avec Éric Valmir, Robert Laffont,
publié le 14 avril.
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