BêTiZeS AcIdUlÉeS

De ToUt PoUr ToUs ! Venez y faire un tour, vous trouverez quelque chose qui vous convient !!! Romans, photos, potins, recettes, etc...
AccueilGalerieFAQRechercherS'enregistrerConnexion
Répondre au sujet
 

Rutebeuf (1230-1285)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Kali.SsBbw
Grisettes de Montpellier
Grisettes de Montpellier


Sexe:FémininBélierCochon
Age : 25
Inscrit le : 20 Fév 2007
Messages : 6708
Localisation : Rive-Sud de Montréal

MessageSujet: Rutebeuf (1230-1285)   Mer 18 Avr - 1:07

La Complainte Rutebeuf



Dieu m'a fait compagnon de Job.
Il m'a enlevé d'un seul coup
tout ce que j'avais.
De l'oeil droit, dont je voyais le mieux,
je ne vois pas pour aller mon chemin
et me conduire.
C'est là une douleur cruelle
car à midi il fait nuit obscure
pour cet oeil-là.
Je n'ai pas tout ce que je veux
mais je suis dolent, et m'afflige
profondément
de ce que je suis dans un abîme,
si ne m'en tirent ceux-là
qui jusqu'ici
m'ont secouru par leur pitié.
J'ai le coeur triste et assombri
par cette infirmité,
car je n'y trouve pas mon gain.
Maintenant ma femme a accouché,
mon cheval s'est brisé la jambe
sur une barrière,
et ma nourrice veut de l'argent:
elle me tourmente et m'écorche
pour nourrir l'enfant,
ou il reviendra crier dans mon logis.
Que le Seigneur qui le fit naître
lui donne subsistance
et lui envoie de quoi le soutenir
et me donne encore allégement,
afin que je puisse m'occuper de lui,
que la pauvreté ne lui nuise
et qu'il gagne mieux sa vie
que je ne fais.
Si je m'épouvante, je n'en puis mais,
car à cette heure dans ma maison
je n'ai pas une douzaine, pas même
une brassée de bûches pour la saison.
Jamais homme ne fut aussi éperdu
que moi, vraiment,
car jamais je n'eus moins d'argent.
Mon propriétaire m'en réclame
pour son logement,
et je l'ai presque entièrement vidé,
et mes flancs sont nus
contre l'hiver,
ce qui a changé beaucoup mes vers:
ces mots sont pour moi durs et cruels
en comparaison de l'an passé
à peu que je ne m'affole quand j'y songe.
Les maux ne savent pas venir seuls:
tout ce qui pouvait m'arriver
est arrivé.
Que sont devenus mes amis
que j'avais tenus si près de moi
et tant aimés?
Je crois qu'ils sont très clairsemés:
ils ne furent pas bien semés
et ils n'ont pu lever.
De tels amis m'ont mal traité
car jamais, tant que Dieu m'a assailli
de maint côté,
je n'en vis un seul en ma maison:
je crois que le vent les a enlevés,
l'amour est mort,
ce sont amis qu'emporte le vent;
il ventait devant ma porte
et il les emporta,
si bien que nul ne vint me consoler
et m'apporter quelque peu du sien.

_________________
...

I NEvEr WaNtEd To Be DiffErEnT I JuSt WaNtEd To Be ME !!!

...
Revenir en haut Aller en bas

Rutebeuf (1230-1285)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
BêTiZeS AcIdUlÉeS :: La Bibliothèque :: Poésies-
Répondre au sujet